Il pleut à Bali de novembre à mars. Ça, tous les guides de voyage le disent. Ce qu'ils ne disent pas, c'est que la majorité des expatriés préfèrent cette période. Moins de monde, des prix en chute libre, des rizières d'un vert qu'on ne voit nulle part ailleurs. Et oui, de la pluie. Mais pas celle qu'on imagine.
Quand j'ai débarqué à Bali en plein mois de janvier, j'étais persuadé d'avoir raté ma fenêtre. Tous les blogs disaient « évitez la saison des pluies ». Je m'attendais à des semaines grises et trempées, un peu comme novembre en Bretagne. La réalité ? Il faisait 31 degrés, le ciel était bleu le matin, et vers 16h une averse tropicale débarquait, vidait son stock d'eau en 40 minutes, et tout redevenait calme. Pas exactement le scénario catastrophe.
Quand commence la saison des pluies à Bali exactement ?
La réponse courte : la mousson s'installe entre fin octobre et début novembre, et se retire progressivement en mars-avril. Mais ce calendrier varie d'une année à l'autre, et d'un coin de l'île à l'autre.
En 2026, les premières grosses pluies sont arrivées mi-novembre. Octobre était encore sec dans le sud, à Uluwatu et Canggu. Ubud, en revanche, a commencé à recevoir des averses régulières dès la fin octobre. C'est logique : les hauteurs prennent toujours l'eau en premier.
Le pic se situe entre décembre et février. Janvier est généralement le mois le plus humide, avec environ 350 mm de précipitations à Denpasar. Pour donner un ordre d'idée, Paris reçoit 650 mm sur toute l'année. Bali en reçoit la moitié en un seul mois.
Mars marque la transition. Les averses s'espacent, le soleil reprend le dessus, et début avril on est de retour en saison sèche. Si vous pouvez choisir, mars et novembre sont les mois « entre-deux » où les prix restent bas et la pluie reste gérable.
À quoi ressemble une journée type en saison des pluies ?
C'est la question que je reçois le plus souvent dans les communautés francophones d'expatriés. Et la réponse surprend presque tout le monde.
Une journée type en janvier ou février à Canggu, ça donne ça : le réveil à 6h30 avec du soleil. Pas un peu de soleil, un vrai ciel bleu. On prend le café dehors, on fait une session de surf ou de yoga, on bosse depuis un café. Jusqu'à 14h-15h, c'est souvent une journée « normale ». Puis le ciel se couvre rapidement, les nuages s'accumulent, et vers 16h-17h, l'orage éclate. Une pluie forte, parfois violente, avec des éclairs. Ça dure entre 30 minutes et 2 heures. Et à 19h, on dîne dehors.
Sophie, installée à Ubud depuis 2023, résume bien : « Le truc que les touristes ne comprennent pas, c'est que la pluie ici c'est un événement dans la journée, pas la journée entière. On adapte son planning et c'est tout. »
Il y a des exceptions. En plein mois de janvier, il arrive que la pluie commence le matin et dure toute la journée. Ça se produit deux ou trois fois par mois. Ce n'est pas agréable, mais ce n'est pas la norme.
La saison des pluies varie selon les zones de Bali
Un détail que les guides de voyage passent sous silence : il ne pleut pas pareil partout à Bali.
La péninsule du Bukit (Uluwatu, Nusa Dua) est la zone la plus sèche de l'île, même en saison des pluies. Les averses y sont plus courtes et moins fréquentes. Si la pluie vous inquiète vraiment, c'est là qu'il faut aller.
Ubud et les hauteurs (Tegallalang, Kintamani) reçoivent beaucoup plus de pluie. L'altitude provoque des précipitations orographiques : l'air chargé d'humidité remonte les pentes et se condense. À Kintamani, il peut faire 18 degrés le soir en janvier. On est loin de l'image carte postale.
Canggu et Seminyak, sur la côte ouest, prennent les pluies de mousson de plein fouet parce qu'elles sont exposées aux vents du nord-ouest qui portent l'humidité. C'est la zone intermédiaire.
Amed et la côte est sont plus protégées. Le climat de cette zone est semi-aride, avec moins de précipitations que le reste de l'île. Les plongeurs qui viennent pour Tulamben et l'épave du Liberty profitent souvent de conditions correctes même en décembre.
Faut-il éviter Bali pendant la saison des pluies ?
Non. Sauf si vous prévoyez de passer vos vacances à randonner sur les volcans.
Pour le surf, la saison des pluies décale les spots de la côte ouest vers la côte est. Keramas et Sanur Reef fonctionnent bien de novembre à mars. Les puristes viennent exprès en saison humide pour éviter la foule d'Uluwatu.
Pour la plongée, la visibilité baisse un peu (10-15 mètres au lieu de 20-30), mais les sites restent accessibles. Les manta rays de Nusa Penida se voient toute l'année.
Pour le farniente et la découverte culturelle, c'est même mieux. Les temples sont moins bondés, les rizières sont au pic de leur beauté, et les hébergements coûtent parfois 40-50 % moins cher qu'en haute saison. Thomas, qui voyage à Bali chaque année depuis 2019, ne vient plus qu'en janvier : « Les hôtels à 150 dollars la nuit en août, je les ai à 70 en janvier. Le même hôtel, la même piscine. Juste deux heures de pluie l'après-midi. »
La randonnée en altitude, c'est la vraie limite. Le Mont Batur au lever du soleil sous la pluie, c'est glissant, brumeux, et décevant. Le Mont Agung en saison humide est déconseillé, voire fermé selon les conditions. Si l'ascension des volcans est votre priorité, visez juin-septembre.
Les galères concrètes de la saison humide
Je ne vais pas vous vendre la saison des pluies comme un paradis. Il y a des inconvénients réels.
L'humidité ambiante, d'abord. On passe de 65 % en saison sèche à 85-95 % en saison humide. Ça veut dire que vos vêtements dans l'armoire moisissent si vous ne prenez pas de précautions. Les sachets de silica gel, le déshumidificateur, les sacs sous vide pour le linge propre, ce n'est pas du luxe, c'est de la survie. Julie, expatriée à Canggu, a perdu un sac en cuir et trois paires de chaussures son premier hiver à Bali. Depuis, tout est rangé dans des boîtes hermétiques.
Le scooter sous la pluie, ensuite. La majorité des expatriés et des touristes se déplacent en scooter à Bali. Sous une averse tropicale, la visibilité tombe à zéro et les routes deviennent glissantes. L'option intelligente : attendre que ça passe dans un warung, commander un Grab, ou investir dans un bon poncho de pluie. Les accidents de scooter augmentent en saison des pluies, et les assurances voyage ne couvrent pas toujours la conduite de deux-roues sans permis local.
Les inondations localisées. Certains quartiers de Kuta et de Canggu, mal drainés, se retrouvent avec 30 cm d'eau dans les rues après un orage violent. Ça ne dure pas (quelques heures en général), mais ça peut bloquer la circulation. Pererenan et Berawa sont les zones les plus touchées.
Les moustiques, enfin. La saison humide est la saison de la dengue. Eau stagnante + chaleur = reproduction des moustiques. Portez du répulsif, dormez sous moustiquaire si votre logement n'est pas climatisé, et consultez la page sur les vaccinations et la prévention santé avant de partir. Il n'existe pas de vaccin contre la dengue pour les voyageurs, mais les gestes de prévention réduisent fortement le risque.
Ce qu'il faut mettre dans sa valise pour la saison des pluies
Oubliez le parapluie. Sous un orage tropical, ça ne tient pas deux minutes. Ce qu'il vous faut :
Un poncho de pluie léger, le genre qu'on plie dans une poche. Les Go-Jek et Grab en fournissent parfois, mais les chauffeurs n'en ont pas toujours en stock. Avoir le vôtre vous évitera de tremper votre sac à dos.
Des chaussures qui supportent l'eau. Les sandales de marche type Teva ou Birkenstock sont le standard à Bali. Les sneakers blanches de l'aéroport, c'est le meilleur moyen de rentrer avec des chaussures vertes de moisissure.
Un sac étanche pour l'électronique. Votre laptop et votre passeport ne survivront pas à une averse surprise en scooter sans protection. Les dry bags de 10-15 litres coûtent 50 000 roupies (3 euros) à Bali.
De la crème solaire quand même. Le soleil tropical tape fort même à travers les nuages. On attrape des coups de soleil en saison des pluies aussi, c'est traître.
Le budget : pourquoi la saison des pluies est le bon plan
C'est l'argument massue et il tient en un chiffre : les hébergements baissent de 30 à 50 % entre novembre et mars (hors période du Nouvel An, qui reste chère).
Un vol Paris-Bali en janvier tourne autour de 500-600 euros aller-retour avec une escale. En juillet-août, les mêmes compagnies demandent 800-1100 euros. Le billet d'avion pour Bali représente le premier poste de dépense, et la saison des pluies est le moment où il baisse le plus.
Les restaurants et activités ne changent pas de prix, mais les promos sont plus fréquentes. Les écoles de surf proposent des packages, les centres de plongée font des réductions sur les certifications, et les spas négocient plus facilement.
Pour les digital nomads et les expatriés, la saison des pluies est aussi le moment où les colocations et les villas à louer sont les moins chères. Les propriétaires préfèrent baisser le prix que laisser vide. Un studio à Canggu qui se loue 8 millions de roupies par mois en haute saison peut descendre à 5-6 millions en basse saison.
Le verdict : y aller ou pas ?
La saison des pluies à Bali n'est pas une mauvaise saison. C'est une saison différente.
Si vous avez le choix, mai-juin et septembre restent les mois idéaux : beau temps, prix raisonnables, affluence modérée. Mais si vos vacances tombent en décembre, janvier ou février, n'annulez pas votre voyage pour autant. Vous passerez probablement 70 % de votre temps au sec, vous économiserez de l'argent, et vous verrez une version de Bali que la plupart des touristes ne connaissent pas.
Le seul vrai conseil : ne réservez pas de randonnée volcanique les premiers jours. Gardez-la en flex, et décalez-la si la météo ne coopère pas. Pour tout le reste, la pluie ne changera rien à votre séjour.
Dernière mise à jour : avril 2026. Les conditions météo varient d'une année à l'autre. Consultez les prévisions à 7 jours avant votre départ.




