Lombok région par région
Lombok tient dans un carré d'environ quatre-vingts kilomètres de côté, mais le relief la coupe en deux. Le massif du Rinjani occupe tout le nord, ce qui oblige la route principale à en faire le tour par la côte. Résultat : la distance à vol d'oiseau ne veut rien dire ici, et quarante kilomètres sur la carte peuvent demander deux heures et demie de voiture.
Cette géographie explique aussi les climats. Le nord et le centrereçoivent la pluie qui s'accroche au volcan et restent verts toute l'année. Le sud, dans l'ombre pluviométrique du massif, jaunit dès juin et ressemble en fin de saison sèche à une côte méditerranéenne. Beaucoup de voyageurs déçus par Lombok n'en ont simplement vu qu'une moitié.
Le nord : le Rinjani, les cascades et le Wetu Telu
C'est la région la plus spectaculaire de l'île et la plus arrosée. Tout part de deux villages : Senaru, sur le versant nord, et Sembalun, dans une vallée d'altitude à l'est où poussent l'ail et l'oignon. Ce sont les deux portes du trek du Rinjani, et les deux seuls endroits où vous trouverez des agences, des porteurs et de la location de matériel.
Senaru concentre en plus les deux cascades les plus visitées de l'île, Sendang Gile et Tiu Kelep, à un quart d'heure de marche l'une de l'autre. On peut très bien dormir une nuit dans le secteur, les faire le lendemain matin et redescendre sans mettre un pied sur le volcan. Elles jouent dans la même catégorie que les cascades de Bali avec beaucoup moins de monde.
Un détour vaut le coup si vous passez par là : le village de Bayan abrite une mosquée ancienne, une construction basse en bambou et en chaume qui ne ressemble à aucune mosquée moderne. C'est le foyer du Wetu Telu, une tradition sasak qui mêle l'islam à des croyances animistes et hindoues antérieures. Elle n'est plus pratiquée que par une minorité, mais elle explique pourquoi le nord de Lombok se sent différent du reste de l'île.
La côte nord, entre Bangsal et Sembalun, est une des plus belles routes d'Indonésie et l'une des moins fréquentées. Elle traverse les villages reconstruits après le séisme de 2018, des plantations de café et de girofle, et débouche sur des criques noires où personne ne s'arrête.
L'ouest : Senggigi, Mataram et l'embarquement pour les Gili
C'est la façade habitée de l'île, celle où arrivent les bateaux et où vit la majorité de la population. Bangsal n'est qu'un embarcadère, mais tout le monde y passe : c'est de là que partent les bateaux publics vers les trois Gili. Le lieu a mauvaise réputation à cause des rabatteurs qui abordent les voyageurs sur le parking ; le guichet officiel affiche les tarifs, et il suffit de marcher jusqu'à lui sans s'arrêter.
Senggigi, quinze kilomètres au sud, a été la station balnéaire principale de Lombok dans les années quatre-vingt-dix. Les grands hôtels sont toujours là, à des prix devenus très bas, mais l'animation est partie sur les Gili et dans le sud. C'est calme, un peu mélancolique, et parfait pour une nuit de transition avec un coucher de soleil sur le détroit et, par temps clair, la silhouette du mont Agung de Bali à l'horizon. La route entre Senggigi et Bangsal passe par les points de vue de Malimbu et de Nipah, les deux meilleurs panoramas routiers de l'île.
Mataram, la capitale de la province, n'a rien d'une destination touristique mais garde deux choses à voir. Le quartier de Cakranegara conserve Pura Meru, le plus grand temple hindou de l'île, bâti au XVIIIe siècle sous domination balinaise, et le jardin d'eau de Taman Narmada, réplique miniature du lac du Rinjani construite pour un roi devenu trop vieux pour monter au cratère.
Au sud-ouest, la péninsule de Sekotong est la zone la plus ignorée de l'île alors qu'elle est à une heure de Mataram. Une côte de baies turquoise, une dizaine d'îlots à cinq minutes de barque, et un snorkeling qui vaut celui des Gili sans les bateaux. Comptez une vingtaine d'euros la barque à la journée au départ de Tawun.

Le sud en saison sèche : collines jaunes, baies en croissant et très peu de monde.

L'intérieur au même moment : vert toute l'année, cinq degrés de moins.
Le sud : Kuta Lombok, Mandalika et les baies de surf
C'est la région qui a le plus changé ces dix dernières années, et de loin. Le gouvernement indonésien a fait du secteur de Mandalika une zone économique spéciale, avec un circuit international inauguré en 2021 qui accueille le MotoGP depuis 2022, une route côtière neuve et des resorts sortis de terre. Autour de ce projet, Kuta Lombok est passé d'un village de surfeurs à une petite ville de cafés, d'écoles de surf et de guesthouses.
Ce qui n'a pas changé, ce sont les baies. La côte sud est une succession d'anses en croissant séparées par des promontoires, et chacune a son caractère. Selong Belanak est la plus douce, une longue plage à pente régulière où toutes les écoles de surf emmènent les débutants. Tanjung Aan offre deux plages dos à dos, dont une au sable étrangement rond, en grains de poivre. Mawun et Mawi sont plus sauvages, avec du courant et presque personne. Gerupuk, à l'est, est une baie fermée d'où les bateaux emmènent les surfeurs sur cinq vagues de récif praticables à toutes les marées.
Le point de vue de Bukit Merese, une colline herbeuse à côté de Tanjung Aan, est le coucher de soleil de la région : vingt minutes de montée facile, une vue à 360 degrés sur les baies. C'est le seul endroit du sud où vous croiserez du monde à 17 h 30. Pour comparer avec ce qui vous attend de l'autre côté du détroit, voyez notre tour des plages de Bali.
Le sud est aussi la région la plus pratique, puisque l'aéroport de Praya est planté au milieu, à trente minutes de Kuta. Si vous ne venez à Lombok que pour le surf et les plages, prenez l'avion depuis Denpasar et ignorez complètement le nord de l'île.
L'est et l'intérieur : Tetebatu, les cascades secrètes et la côte oubliée
C'est le Lombok que presque personne ne visite, et il commence à quarante minutes de Kuta. Tetebatu, accroché aux contreforts sud du Rinjani à 400 mètres d'altitude, est un village de rizières en pente et de plantations de tabac où l'on marche entre les parcelles avec un guide du coin pour trois fois rien. Il y fait cinq degrés de moins que sur la côte, on dort en homestay pour une quinzaine d'euros, et la forêt voisine abrite des singes noirs.
Le centre de l'île, autour d'Aik Berik, cache les cascades de Benang Kelambu et Benang Stokel. La première mérite le détour plus que celles de Senaru : l'eau y sort directement de la paroi végétale en une centaine de filets parallèles, comme un rideau, au lieu de tomber d'un seul jet. Elle est bien moins fréquentée que celles de Senaru parce qu'elle est plus loin de tout.
La côte est n'a d'intérêt que par Labuhan Lombok, le port des ferries pour Sumbawa, point de départ de ceux qui continuent vers Flores et Komodo. Le sud-est garde la Pink Beach de Tanjung Ringgit, au sable rosé par des débris de corail. La couleur est réelle mais discrète, et la piste d'accès longue et cassée : on y va pour la journée entière ou pas du tout.